Dimanche 12 Juin: veille du départ
Nous avions prévu de nous offrir un resto avant le départ, une fois n'est pas coutume et ça fait longtemps que nous n'avons pas goûté au plaisir d'être servi :-). Mais le resto chinois que nous avions repéré est fermé le dimanche, alors nous optons pour un bon soupé à bord: côtes de bœuf & salade verte: Hummm ! 
Puis nous faisons notre sortie à l'immigration afin de pouvoir partir "tôt" le lendemain.
Tout est pâqueté sur le bateau, chaque chose à sa place et une place pour chaque chose. Sur la couchette avant nous avons mis le zodiac replié dans son sac & son moteur ainsi que l'échelle de bain et des sacs de linge pour coincer tout ça.
Nous avons rangé les vêtements dont nous n'avons pas besoin pour le voyage, le surplus de vaisselle et les outils sont dans les coffres.
L'ambiance a bord n'est pas à la fête: Hugo est très nerveux. Je le suis aussi, mais j'essaie de détendre l'atmosphère, ce qui n'est pas chose facile. Nous nous changeons les idées devant Wallace & Gromit suivi d'un film, accompagnés de notre dernière bouteille de vin à bord. Puis nous nous endormons collés sur une des petite couchette de la cabine.
LA GRANDE TRAVERSÉE:
Lundi 13 Juin:
Position St Georges Bermudes: 32-22 N ; 64-40 W.
Nous nous réveillons respectivement dans la nuit vers 3-4 heures quand le vent se lève. Il y a 20 nœuds de vent annoncés, de la pluie et peut-être des orages.
Nous sommes debout à 7h. Le temps est très maussade. Les nuages sont bas, il pleut et la mer s'agite. Un vrai temps pour les vieux loups de mer prêts à prendre la mer !!!
Nous faisons le contact radio avec Gerry à 8h30 (heure Bermudes), en essayant de ne pas trop avoir la voix qui tremble, ce qui trahirait notre nervosité à bord. Les parents & Sophie sont là. Ça me fait chaud au cœur de les savoir à mes côtés ce matin.
Nous laissons passer une grosse averse en attendant que la soupe soit prête, puis nous nous décidons à y aller.
Nous avons tous les deux un nœud au ventre, et je n'ai jamais vu Hugo aussi stressé en 8 mois de navigation; mais je me dis que cette fois-ci c'est à mon tour d'être forte et de le rassurer.
Nous partons à 10h.
Les Bermudes disparaissent vite derrière nous. Nous sommes au travers avec le génois en taille de trinquette. Nous préférons ménager Barbara au maximum car notre équipement est limité et il faut que les renforts de coutures de la voile tiennent au moins 2 semaines !!!
Puis il nous faut aussi nous ré-acclimater aux mouvements du bateau, que l'on oublie vite après avoir été ancré un certain temps.
La navigation se passe tranquillement sous le ciel gris avec quelques averses. La mer est formée mais pas menaçante... on a quand même tous les deux un peu mal au cœur. Et il faudra attendre le lendemain pour que l'angoisse d'Hugo commence à s'estomper.
On se repose chacun notre tour avant les quarts de nuit. La 1ière longue nuit de la traversée !
Nous voilà de retour dans ces grands moments de monologues, en tête à tête avec soi-même dans la pénombre; avec pour grand problème métaphysique: "à l'arrivée en France restera-t-il encore du rouge sur le drapeau français qui s'effiloche ?"
La lune est là, mais très voilée par les nuages. La nuit se passe tranquillement, chaudement habillés dans nos vêtements "presque" imperméables.
MARDI 14 JUIN
Position: 32-55N ; 62-36W
Distance Parcourue: 114 miles en 22heures.
Nous sommes encouragés par notre 1ière journée de faite et réconfortés dans notre décision de départ.
Le stress d'Hugo commence à s'apprivoiser, même s'il précise "je ne me sentirai vraiment soulagé que lorsque nous serons à mi-parcours sans avarie". Je pensais exactement la même chose pas plus tard que cette nuit. L'essentiel, c'est de se rendre à mi-chemin sans gros pépin, car une fois rendus là, on sait qu'on ne fera plus demi-tour !
Et pour cela, nous ménageons Barbara. Nous avançons avec la voilure suffisante pour atteindre nos 5 nœuds, et si le pilote commence à s'agiter ou qu'un nuage étrange se dirige vers nous, nous réduisons la toile immédiatement.
Ce matin maman était à l'écoute fidèlement sur la radio. Ma douce maman, merci d'être là.
En après-midi nous avons la belle surprise de voir le ciel s'éclaircir, et enfin de laisser complètement le soleil sortir & sécher le bateau. Je mets un peu de temps à retirer mes pelures, de peur que ce cadeau soit éphémère; mais le soleil nous accompagnera jusqu'à son coucher.
Nous passons la journée à veiller et à nous reposer, en essayant de passer quelques moments ensemble.
Les nuages défilent, souvent en file indienne, certains sont digne d'un tableau de Dhali, tandis que d'autres s'apparentent facilement à des formes d'animaux ou de créatures de comtes de fées.
Le génois est quasiment ouvert au complet, nous sommes entre largue et travers, avec du vent qui doit être entre 10 & 15 nœuds.
Mes tripes ne sont pas encore totalement amarinés, alors je prends des cachets pour m'aider.
La nuit, le vent forcit un peu. Le génois devient foc, nous sommes au grand largue et les vagues nous poussent aux fesses.
Le ciel est complètement dégagé, et la lune presque pleine.
Barbara avance un peu comme un cheval boiteux, se dandinant de droite à gauche en surfant sur les vagues; mais je lui fais une grande confiance, car elle est faite pour ce type de navigation.
On croise les doigts pour que le reste de la traversée ressemble à ces 2 premiers jours.... ce serait vraiment trop BEAU ! 
MERCREDI 15 JUIN:
Position: 33-23N ; 60-17W
Distance Parcourue: 120 miles.
Nous continuons d'avancer sur une belle ligne droite vers les Açores. Journée de navigation comme on les aime: vent de 10 à 15 noeuds, mer peu agitée, et nous sommes toujours au largue avec le vent du Sud-Ouest.
Les conditions permettent à mon mal de cœur encore présent le matin de partir pour de bon, et je peux enfin évoluer dans le bateau comme bon me semble, sans avoir à courir dehors chercher des bouffées d'air iodé.
Le soir, le vent tombe au coucher du soleil vers 19h ce qui m'empêche de dormir pendant mon 1ier quart de sommeil, ayant l'impression d'avoir la tête sur une écume, martelée par un maillet, tant la voile claque, réclamant désespérément du vent.
Puis le vent se lève vers 21h, et comme je m'endors seulement, Hugo en bon prince, me laisse dormir 1h de plus que prévue.
Le vent est soutenu et nous permet de rattraper les miles perdus. Nous réduisons la voile vers 2h car nous filons à vive allure parfois 7 à 8 noeuds, et nous voulons ménager notre génois qui est notre seul moteur depuis lundi.
JEUDI 16 JUIN:
Position: 33-47N ; 58-06W
Distance Parcourue: 113 miles.
Encore un jour de fait et le contrat "miles" est remplit. Le vent continue de forcir et la mer de se former.
On paye le prix de notre avancée en étant pas mal ballotés car les vagues font parfois de beaux creux de 3 mètres.... et la mousse déferle sur leurs crêtes.
La journée est un peu tristoune, il fait gris & il y a quelques petites averses en après-midi. On met de la voile, on en enlève, on en remet, on en enlève. Le baromètre supposé remonter prend son temps & gagne quelques hectopascals dans l'après-midi.%%
Gerry nous a annoncé qu'un anti-cyclone nous attend demain en fin de journée et risque de durer 2 jours. Nous ne sommes pas trop alarmés car nous en profiterons pour prendre une vraie douche complète, car on commence à être un peu cra-cra.
C'est une idée qui a de la classe de dire au monde qu'on rentre en Europe en traversant l'Atlantique en voilier.... mais t'as déjà l'air beaucoup moins classe quand t'as la tête d'un playmobil, avec tes cheveux collés par le sel & qu'une odeur douteuse se dégage de tes dessous de bras, serré dans tes vêtements un peu humides qui finissent par sentir le poil de chien mouillé ! J'en resterai là pour les détails 
J'apprends ce matin que mon meilleur ami François est Papa. Quel enfoiré!, il me cache ça depuis 9 mois. Apparemment, ça l'amuse toujours autant que je sois la dernière au courant. Bon, quant est-ce qu'on va au parc boire d'la Bière ???
Nous avons profité du calme d'hier pour boucher le puits d'ancre afin de faire moins rentrer d'eau. Bon timing, car aujourd'hui le pont a le nez dans l'eau. Et c'est impressionnant de voir parfois le voilier se coucher sur son côté en creux de vague, immergeant le bas-côté d'eau. Puis Barbara, vite se redresse, et l'eau s'évacue aussitôt.
En tout cas, même si le bateau reste un peu humide, pour une fois, le sol de la cabine et des toilettes sont secs et ça, ça fait une sacrée différence de confort.
Le vent se calme enfin en fin d'après-midi, mais la houle, elle, met toujours plus de temps à s'assagir, et le bateau tangue de droite à gauche, et comme la veille à la même heure la voile finit par claquer et m'empêche de fermer l’œil avant 21h, heure à laquelle la mer s’aplatit et Hugo m'offre une fois de plus de me laisser dormir jusque 23h.
C'est la 1ière journée depuis notre départ où nous devons décoller de notre ligne droite de route; le vent tournant à l'ouest, nous passons sur bâbord amure et pointons plus vers le nord.
La nuit, nous avançons au ralenti par manque de vent. La visibilité est parfaite, la lune est pleine, le ciel dégagé ce qui permet de voir passer les différents nuages, planètes et étoiles sont aussi au RDV.
Nous avons hâte d'obtenir les conseils météo de papa, il devrait nous les communiquer demain matin, à son retour de Russie.
Demain nous attaquerons le 5ième jours. J'ai hâte ! En attendant il est 2h du mat et nous montons le spi.
VENDREDI 17 JUIN:
Position: 34-22N ; 56-26W
Distance Parcourue: 101 miles.
Nous allons passer à travers l'anti-cyclone et nous devrions terminer sans vent d'ici demain soir. Nous suivons les conseils de papa qui nous dit de suivre un cap à 80 sur les 2 prochains jours.
Nous sommes toujours sous spi. Merci Man Jack ! on ne sait pas ce qu'on aurait fait sans !
C'est une belle journée reposante avec grand soleil et mer calme. Nous en profitons pour prendre une bonne douche, nous faire une bonne omelette et des crêpes.
Hugo resserre l'étoupe et nettoie le réchaud qui s'est encrassé ces derniers mois.
Moi j'écris le blog & je fais la vigie.
A 23h le vent tombe complètement je passe mon temps à scruter le spi pour m'assurer qu'il ne se prend pas autour de l’enrôleur.
Hugo le descendra vers 2h30 du matin sur son quart de nuit.
Nous le remontons péniblement à 4h, car il y a une légère brise. Pour une raison qui nous échappe il s'entortille toujours en haut, une fois monté, malgré plusieurs essais. On le laisse ainsi jusqu'à ce qu'il fasse jours. Il n'y a pas grand risque de l'abimer avec le peu de vent qu'il fait et nous le remettrons proprement à la lumière du jours.
Nous n'avons fait qu'une 50aine de miles, mais au moins nous les avons fait dans le bon sens, c'est l'essentiel !
SAMEDI 18 JUIN:
Position: 34-35N ; 55-18W
Distance parcourue: 57 miles ( au spi uniquement)
Cette fois-ci c'est vraiment la pétole, il n'y a plus un pet de vent !
Maman & Papa sont à Bray-Dune avec des amis. Papa nous dit "quand y a pétole, sort la picole !!! ". Et il nous conseille aussi de ne pas monter au dessus de la latitude 35.
Nous affalons le spi pour une partie de la journée, nous laissant dériver. Je retourne me coucher car même si nous sommes relativement au calme, hormis le roulis du bateau dû aux grosses ondulations espacées de la houle, je ne me sents pas en grande forme.
Nous remontons le Spi en début d'après-midi, ce qui nous permet au moins de garder un cap vers le nord, puis petit à petit au cours de la soirée de nous diriger plus vers l'Est.
En fin d'aprem, on se prend l'apéro, le capitaine: une bière, et moi: un chocolat chaud ( je récupère mon énergie doucement).
Hugo s'amuse à regarder la vitesse que met sa bouteille de bière à s'évanouir au fond de l'eau.
Nous réussissons à force de persévérance à faire environ 25 miles dans la bonne direction.
C'est un drôle de sentiment de rester là sans bouger dans cette immensité d'eau plate à plus de 500 miles nautiques des côtes, avec toujours ce même paysage sans relief, sans arbres, sans montagnes, sans personne, à part encore 1 ou 2 mouettes , quelques jelly-fish, un petit banc de dauphins qui passent par là et s'éloignent vite au loin et un bateau de pêche qui roule lentement vers l'ouest. C'est plein d'eau mais ça vous fait l'effet d'un grand vide.
La nuit se passe comme la journée, dans un grand calme, avec le spi qui fasseye.
DIMANCHE 19 JUIN:
Position: 34-48N; 54-54W
Distance parcourue: 27 miles (dans la pétole)
C'est la fête des pères !
Bonne fête Papa Marc & Papa Roland !
Encore une journée tranquille avec très peu de vent, mais quand même plus que la veille, et le spi reste gonflé. On avance à une vitesse moyenne de 2 nœuds.
En après-midi je rajoute même notre voile de dériveur pour essayer de récupérer 1/2 nœud... même si ça ne marche pas vraiment, ça fait quand même bien rire Hugo à son réveil de voir Barbara transformé en cotre ! 
Je demande à Hugo de me couper les cheveux avec son rasoir électrique car je les trouve trop longs et pas pratiques. Il s'applique comme un étudiant en 1ière année de BEP coiffure et je ressorts avec une coupe pas trop mal qu'Hugo baptisera "la coupe Champignon" ! Alors Hugo... encore une nouvelle carrière en vue ???
Dans l'après-midi Hugo se penche à nouveau sur "Winmor" (les e-mails par la radio) & à 17h, il a réussi à télécharger le fichier météo et à envoyer et recevoir des e-mails du bateau via la BLU ! On est super contents ! on reçoit les recommandations de route de papa en direct, c'est la grande classe ! Il est super Hot mon homme !
Il est minuit, la lune sort de l'eau comme une goutte de feu aspirée vers le haut, c'est beau.
Le vent semble vouloir se lever, mais c'est encore timide. Au changement de quart de 1h du mat, nous affalons le spi et sortons le génois, Hugo hissera également la grand voile.
A 4h du mat, je prends mon 2ième quart. Barbara roule entre 4 & 5 nœuds, sur une mer calme, avec une toute petite gîte bâbord. Le bateau est super stable dans ces conditions qui sont si rares & si parfaites. J'en profite pour remettre le leurre à l'eau au levé du soleil. Ces derniers jours nous n'allions certainement pas assez vite pour pêcher quoi que ce soit.
Nous savons que le vent va se lever d'ici cette nuit. Nous attendons 20 nœuds jusque mardi puis une accalmie à nouveau mercredi. Nous sommes heureux de reprendre de la vitesse, car nous approchons de la mi-parcours, toujours quasiment en ligne droite. J'espère arriver pour le 1ier Juillet, Hugo, lui prévoit une arrivée pour le 29 Juin! 
On a eu des nouvelles de nos 2 bretons: avec leur bateau de course, ils ont traversé en 14 jours (dont 2 jours de pétole comme nous). Leur vitesse moyenne était de 7 nœuds. La notre se rapproche de 5. On pourrait faire plus, mais Barbara n'est plus toute jeune alors inutile de prendre des risques avec les voiles et le gréement.
LUNDI 20 JUIN:
Position: 34-53N; 53-28W
Distance parcourue: 76 miles
Déjà une semaine de navigation. Yaallah !
Je réveille Hugo à 7h00 du mat à la fin de mon quart, je l'aurais bien laissé dormir plus longtemps mais j'ai de mauvais gargouillements dans le ventre.... ça sent l'indigestion. et effectivement, hier soir, nous avons mangé un reste de purée de la veille et apparemment mon estomac qui l'a dévoré sur le coup, le tolère mal en 2ième effet kiss-cool. Donc là j'ai des maux de ventre et le cœur sur l'estomac.
Je me recouche jusque 9h. Ça finit par passer.
Le vent se maintient autour de 15 noeuds, nous avons les 2 voiles pleinement ouvertes. En fin de matinée nous prenons 1 ris sur la grand voile, pour soulager le pilote automatique. Et dans la journée, passant de plus en plus au grand largue, nous prenons le 2ième ris sur la grand voile pour aider le génois à recevoir plus de vent.
Le vent souffle bien, mais la mer ne se gonfle pas, ce qui est vraiment confortable. On avance bien.
Hugo reconnecte Winmor dans l'après-midi, et ça fonctionne une fois de plus. On reçoit des nouvelles d'Antoine qui travaille fort sur son antenne pour réussir à faire des contacts avec nous.
Hugo affale la grand voile pendant son 1ier quart de nuit, le vent forcit. Nous avons les 20 noeuds de vent.
La lune se lève tardivement à 23h. Puis elle est cachée par un ciel remplit de nuages. Par précautions, je réduis un peu le génois.
Puis les nuages passent, la lune revient, le vent forcit encore un peu.
MARDI 21 Juin:
Position: 35-21N; 51-01W
Distance parcourue: 123 miles ( Pas mal
)
On avance avec des pointes à 7 nœuds en descente de vagues. La mer s'est bien creusée pendant la nuit, mais les creux sont espacés.
Si tout va bien nous serons à mi-parcours dans la journée de demain.
La mer et le vent s'intensifient en cours de journée. Nous sommes au portant, mais le vent siffle dans les voiles, et la mer est couverte d'écume qui s'envole au sommet des crêtes des vagues. Le temps est couvert, c'est pas mal gris ce qui rend le tableau encore plus "dramatique".
Je garde l'estomac serré toute la journée, je n'arrive même pas à lire un livre, je ne décroche pas mes yeux du spectacle. Dans l'après-midi je regarde un morceau de dessin-animé en cabine pendant qu'Hugo veille sur le pont, mais je n'arrive pas à le finir car le mal de cœur me gagne au bout d'une heure.
Alors je vais me coucher pour que ça passe.
En soirée pas d’accalmie, on roule avec un tout petit génois. Au moment de prendre mon quart, la pluie commence à tomber.... pas de bol !. Je sors en k-way en me disant que vue la vitesse à laquelle passent les nuages cela devrait vite passer. Et bien non! les nuages chargés d'eau se poursuivent et 1h plus tard je suis toujours dans le vent, sous la pluie battante, trempée jusqu'aux os dans une nuit noire où je ne vois rien au-delà du bateau, les lunettes couvertes de gouttelettes. Je rentre pour me sécher et changer mes vêtements mouillés. Et jusqu'à 1h du mat je sors uniquement toutes les 15 minutes de la cabine pour faire la vigie, et un virement de bord.
Hugo prend la relai à partir d'1 heure, et subit aussi (y a pas de raison, y en aura pour tout le monde!) une heure de pluie avant que le temps se calme et qu'il puisse mettre plus de voile.
Moi je m'endors comme une souche jusqu'au réveille de 4h.
MERCREDI 22 Juin:
Position: 35-45N; 48-40W
Distance parcourue: 119 miles
C'est vraiment tout ou rien ! le temps est calme, le relief des vagues s'érode, le vent, ce vieux filou se dégonfle.... et y en a même plus assez pour maintenir la grand voile sans quelle tape !!! et j'ai un mal fou à faire 4 nœuds, et la cerise sur le Sunday: le vent semble vouloir tourner ! Bordel de Maaarrrrrde, y en aura pas de facile !
Mais bon, au moins, les hublots sont ouverts, le bateau sèche et il y a du soleil ! 
Le nuit m'a tellement creusé l'appétit qu'après mon bol de gruau, j'attaque le reste des raviolis de la veille, dans leur sauce tomate froide !!! Hummm Bon appétit tout le monde :-P
Vers 10h, le vent nous abandonne complètement, c'est encore la pétole; pas du tout au programme de la météo annoncée par Gérry 2 heures plus tôt.... putain, y sont où les 13 nœuds de vent
Je dis à Hugo que c'est peut-être notre dernière chance de nous baigner au beau milieu de l'Atlantique et hop on saute à l'eau.... et Hop on en sort aussi vite .... on ne se sent pas très rassuré dans cette immensité! 
On monte le spi, qui ne cesse de fasseyer avec la houle; on se décrasse avec une bonne douche et on en profite pour manger des crêpes.
En début d'après midi le vent semble repartir et on voit vite le ciel se couvrir de nuages.... probablement la 2ième dépression prévue qui prépare son arrivée. On est aux aguets !
Le vent et les vagues forcissent ensemble crescendo... le décor change totalement, le ciel est bas et gris, les vagues déferlent.... en début de soirée nous sommes avec 20 nœuds de vent et les vagues se creusent. On a l'estomac qui se sert, ça s'annonce sport !
Le vent atteint son apogée vers 3h du mat. Ça souffle vraiment fort. C'est sur on a dépassé les 25 nœuds. On avance avec une trinquette à l'avant. On a fait des records de vitesse toute la nuit et on a une moyenne de 6 nœuds.
JEUDI 23 Juin:
Position: 36-33N; 46-25W
Distance parcourue: 119 miles
La mer à la peau d'une centenaire toute fripée qui aurait trop pris le soleil, et les vagues sont couvertes de cheveux blancs, les creux semblent énormes, 4 mètres au moins, heureusement ils sont espacés. Certains nuages ressemblent à des grosses torpilles. Et ça défile très vite au dessus de nos têtes.
A 7h30, je vois un méchant nuage sur bâbord qui charge droit sur nous dans un sens opposé au vent actuel.... c'est le nord-ouest qui s'en vient, et ça me rappelle étrangement le coup de vent saisissant du premier jour de navigation Bahamas-Bermudes; on ne me le fera pas deux fois! Vite, tous aux abris. Pendant que je rentre la voile au max en ne laissant qu'un tout petit morceau dépasser pour permettre au bateau de garder le cap et au pilote de barrer, un coup de vent frais arrive et la voile vire de bord, je ne prends pas le temps de libérer l'écoute pour faire le virement de bord et je saute dans la cabine en barricadant l'écoutille. A peine 2 minutes plus tard, quelques gouttes se mettent à tomber, puis s'en suivent de grosses rafales de vent qui couchent Barbara sur tribord et une averse à boire de debout.
Mon capitaine, réveillé par la manœuvre, me félicite pour ma réactivité ! 
Merci capitaine ! 
Et nous nous asseyons côte à côte, main dans la main, comme deux petits vieux sur un banc, en regardant passer le rideau de pluie derrière nos carreaux rayés.
Nous réussissons à faire le contact avec Gérry à 8h30, il pleut toujours, mais les rafales se sont calmées. Gérry nous annonce que nous sommes dans 32 nœuds de vent. Effectivement, c'est plutôt à cela que ça ressemble ! Le baromètre se ballade autour de 1006 hp.
Hugo prend la relève à 9h pendant que je vais me recoucher, nous avançons au foc. Le vent s'est rafraichit d'un coup.
La tempête se calme. Le vent redescend mais les vagues, elles, gardent leur relief. Ça ballote, ça ballote !
Tout va bien, on dîne (déjeune en Français), Hugo se prépare à aller se reposer, quand soudain le pilote se met à sonner... je vais voir, l'affichage est à moitié effacé et en quelques secondes le pilote s'arrête de fonctionner. C'est pas vrai ! un pilote neuf, installé il y a 11 jours, et payé 600 pièces... quelle MERDEEEE ! cela fait partie des pires choses qu'il peut arriver pendant une traversée, après, par ordre de dégât: un mat qui tombe, le bateau qui se prend une baleine, un hauban ou un pataras qui lâche ! Donc on est quand même à 7 sur l'échelle des emmerdements ! Fait chier, tout allait si bien.... tout allait Trop bien !
Hugo remet son dodo à plus tard, l'heure est grave !
Je regarde dans le coffre au-dessous duquel est installé le pilote, la prise est déjà corrodée avec de la rouille et les fils sont mouillés.
Hugo sort son équipement d’électricien et nettoie, redénude, reconnecte les fils.
Nous essayons à nouveau le pilote. Rien a faire, il n'y a même plus d'affichage. Il y a de la buée sous le petit écran qui nous donne habituellement les degrés, nous en déduisons que le pilote à dû prendre l'eau. Il n'a probablement pas aimé la dernière tempête.
On est très en colère, on hallucine d'avoir des produits conçus pour le bateau qui prennent l'eau. Il fallait préciser sur l'emballage si c'était un produit à n'utiliser que par beau temps et sur un lac !!!!!
On se reprend. Il FAUT trouver une solution. Hugo tente d'installer notre ancien pilote dont il avait réparé le connecteur. Mais, ça ne fonctionne pas comme il faut et le pilote barre comme une bonne sœur conduirait un char d'assaut. Il installe alors notre pilote numéro 2, brisé lui aussi mais qu'Hugo a également essayer de réparer.... même combat, sauf que celui là reste coincé sur bâbord en continue ! 
Ça va mal, ça va mal. On se décompose à l'idée de devoir barrer pour le restant du voyage, à savoir 1 semaine nuit & jours !!! Nous avions déjà vécu l'expérience 2 jours avant l'arrivée au Bermudes, et ça avait été très pénible.
On commence à barrer chacun notre tour, heure par heure. Pendant qu' Hugo prend la barre, je vais démonter notre dernier pilote; à force de voir Hugo démonter depuis les 9 derniers mois tout ce qui ne fonctionne pas sur le bateau, je suis son exemple; pour voir si je ne peux pas faire sécher les pièces. Bingo, il y a bien de l'eau à l'intérieur et quelques pièces du circuit imprimées semblent même avoir un peu de sel. Je nettoie consciencieusement au coton tige et referme la boîte. Nous réessayons le pilote.... l'affichage est réapparut, mais le pilote ne barre toujours pas correctement. Mais cela suffit à Hugo pour reprendre espoir et pendant que je prend la barre, il démonte à nouveau le pilote.
A 19h, le pilote refonctionne !!! Il semble forcer plus qu'avant, mais il barre correctement. Nous ajustons au mieux le génois pour qu'il n'ait pas à travailler trop fort. Le vent a faibli mais les vagues nous poussent toujours, faisant travailler plus dur la barre et le safran.
Cette fois-ci c'est moi qui ait l'estomac noué par le stress....je me demande combien de temps le pilote va tenir; je me demande si c'est le début d'une série d'avaries, comme la traversée précédente. En cabine, j'entends le safran qui grince. Nous l'avons solidifié avant de partir car il n'était plus en très grande forme et le bois se désagrège, nous avons donc une version "Robocop" du safran (bois fixé avec boulons, barres de métal et collets)... Et si nous étions entrain d'en perdre un morceau ?.... j’essaie de chasser tout cela de ma tête pour réussir à trouver le sommeil et Hugo ajoute de l'huile dans le safran qui finira par cesser de grincer.
Je prends mon quart à 22h. Je suis aux aguets, toujours le ventre en boule.
30 minutes avant le quart d'hugo, le pilote sonne.... Noooooooon, nonnnnn, nooooooooooooooonn ! C'est la fin à nouveau, il est mort.
Je prends la barre et décide de faire du temps supplémentaire car la nuit va être longue pour l'équipage. Hugo se lève à 1h30 surpris que je ne l'ai pas réveillé pour prendre son quart. Je le regarde avec mon plus bel air de cocker pour lui annoncer l'affreuse nouvelle. Et je vois la massue imaginaire s'abattre sur la tête de mon homme, les yeux encore rougis par le manque de sommeil.
VENDREDI 24 Juin:
Position: 36-44N; 44-39W
Distance parcourue: 92 miles
A 7h, je rentre toute la voilure de rage. Ça ne fait que claquer, et il n'y a plus de vent pour avancer juste les vagues pour nous faire chier ! Combien de mois cela va-t-il nous prendre pour arriver !!!!
Je suis moralement fatiguée et je fonds en larmes dans les bras de mon capitaine, dépité lui aussi, mais qui tente son maximum pour me consoler et va prendre la relève sur le pont.
Nous annonçons la mauvaise nouvelle le matin à Gérry et à nos familles.
Nous nous réorganisons en changeant le rythme des quarts pour barrer chacun notre tour non-stop. La journée nous barrons chacun notre tour toutes les heures, et le soir nous faisons 2 quarts de 2heures consécutives.
Nous passons notre 1ière nuit complète à barrer. Nous sommes au grand largue avec une vague de taille démesurée par rapport à la force du vent et qui nous donne de la difficulté à garder le cap à 90. La voile claque, vire de bord, pour compenser nous allons trop au nord.... La nuit est dure, cruelle même, les heures semblent interminables et nous piquons chacun notre tour du nez sur la barre.
Le moral est bas, la fatigue intense, mais on se serre fort les coudes à bord; on va y arriver!
SAMEDI 25 Juin:
Position: 37-14N; 43-05W
Distance parcourue: 82 miles
Le vent est tellement tombé que nous hissons le spi. Nous réussissons à avancer à 4 nœuds ce qui nous encourage.
Le ciel est bas et gris, et tellement compact qu'aucun rayon de soleil n'arrive à percer. Il pluvine toute la journée...
heureusement, la température se maintient et il fait doux, même si je porte déjà 3 épaisseurs de vêtements 
Après dîner, je prends la barre quelques heures pendant qu' Hugo armé de sa frontale et de ses pinces, ouvre une salle d'opération chirurgicale pour pilote automatique. Le pilote a récupéré son affichage, mais les degrés annoncés sont complètement dans le champs ! Comme notre 1ier pilote est de la même marque que le dernier, Hugo entame l'opération délicate de transplanter la boussole interne du 1ier dans le dernier pilote.
Nous essayons le pilote pour la énième fois. Alléluia!!! ça semble fonctionner correctement à nouveau !!! mais je suis tellement stressé à l'idée qu'il lâche que je n'ose pas l'utiliser et préfère le conserver pour la nuit.
Puis Hugo finit par me convaincre, et à 17h, alors que nous décidons de démarrer le moteur car le vent est complètement parti et la mer quasiment plate, nous installons le pilote pour SON quart !
Le pilote tient bon, apparemment sans forcer ou faire de bruit bizarre. Comme il pleut et que nous avons eu de l'eau qui s'était infiltrée à l'intérieur, je l'entoure d'un reste de toile épaisse de capote pour qu'il reste le plus au sec possible.
Vers 23h, le vent revient. Je monte un génois pour assister le moteur et attend de voir si le vent se maintient.
A 1h00 je mets le moteur au point mort, monte la grand voile avec Hugo et on arrête le moteur. C'est une chance d'avoir du vent car il n'était pas annoncé. Apparemment nos quelques miles à moteur nous ont permis d'échapper à la pétole de 2 nœuds de vent d'Est annoncés et nous sommes déjà au sud-est avec un bon 10 à 15 nœuds. Il semblerait que la chance nous sourit de nouveau. Et même la pluie cesse un peu.
DIMANCHE 26 Juin:
Position: 37-44N; 41-12W
Distance parcourue: 96 miles
On est vraiment fiers de notre millage parcouru hier et dans la nuit.
Mais ce matin, la météo n'est pas vraiment en notre faveur, Gérry nous annonce du vent d'Est;Sud-Est jusque mercredi. Ce n'est pas une bonne nouvelle car cela ne nous permet de faire que du nord et très peu d'Est et nous sommes à 2 degrés d'écart de la latitude des Açores. Donc si nous faisons route au nord pendant 3 jours nous serons trop au nord et devrons revenir sur nos pas en faisant du sud-est....
Le temps est encore plus gris qu'hier et le crachin continue toute la journée. Le baromètre, lui, continue de monter, on est à 1015.
Nous sommes au près avec 20 nœuds de vent. Nous prenons 2 ris sur la grand voile et devons encore réduire le foc, nous dépassons les 6 nœuds et il est préférable de ralentir notre montée vers le nord. Même en réduisant à nouveau, nous continuons d'avancer à 4 nœuds, c'est trop ! Pour une fois qu'on voudrait ralentir le bateau, c'est vraiment le comble !
A 16h, le pilote commence à forcer pour lutter contre la vague, et je propose de nous mettre à la cape jusqu'au lendemain pour ralentir notre course au maximum. Mais au fait, c'est comment exactement la cape déjà
Cours élémentaire de voile "Bonjour" !!! C'est une des manœuvres les plus faciles et pourtant je n'arrive plus a savoir si c'est la grand voile qui va à contre ou le foc, et de quel côté je dois mettre la barre franche. Hugo doute autant et il nous faut sortir notre livre de cours élémentaire pour enfin réussir à faire la manœuvre correctement " by the book " et sous le vent. On a un peu honte !
Nous laissons ainsi le bateau dériver vers le nord entre 1 & 2 nœuds tout le reste de la journée et toute la nuit. Nous sommes gîtés comme au près, mais à par cela, ce n'est pas trop inconfortable. Par contre, la vague nous pousse inévitablement au nord-ouest, les miles vers les Açores sont si difficilement gagnés que c'est décourageant d'en perdre ne serait-ce que quelques-uns.
La nuit, nous poursuivons nos quarts habituels de 3h, pour veiller à ce qu'il n'y ait pas de cargo qui nous rentre dedans.
Dernièrement nous en avons vu 2 en 2 jours. On sent que la terre se rapproche.
LUNDI 27 Juin:
Position: 38-37N; 40-42W__
Distance parcourue: 71 miles principalement à la dérive...
En matinée je vire la cape de bord pour nous laisser dériver vers le sud-est. Nous sommes déjà trop au nord. Nous sommes entrain de perdre 2 précieux jours de navigation, si proche du but, c'est assez frustrant, mais il faut faire avec, alors n'y pensons plus. Si déjà le pilote réussi à fonctionner jusqu'à l'arrivée, nous serons pleinement heureux et soulagés.
J'attends qu' Hugo se réveille pour mettre Barbara en route au près, cap au sud-est. Le vent est complètement instable, il forcit, il faiblit, il forcit... c'est difficile d'ajuster les voiles, on en sort, on en rentre... et on est obligé de maintenir une certaine vitesse pour ne pas se faire pousser de côté par les grosses vagues.
On n'est pas parti depuis 30 minutes que le pilote s’éteint et ne veut plus rien savoir ! tout devient fatiguant et décourageant. le baromètre est à 1020 hp, cela fait maintenant 3 jours que nous n'avons pas vu le soleil, le temps est inlassablement gris et pluvieux. Le bateau que nous avions réussi à maintenir bien au sec jusqu'à présent, sature d'humidité et on commence à nouveau à avoir de l'eau dans la cabine. On porte les mêmes vêtements depuis on ne sait plus combien de jours, on a pratiquement épuisé tous nos vêtements de rechange et rien n'arrive à sécher, du coup, y a pas de miracle, on sent mauvais !
Nous réussissons le contact avec Gérry malgré le "tuner" défectueux. Nous lui racontons nos mésaventures qui le font rire et il nous dit qu'il y a enfin un rayon de soleil à Montréal. On ne lui en veut pas, mais ça ne nous remonte vraiment pas le moral.... et on se dit que SI SEULEMENT, on avait pu nous prévenir plusieurs jours à l'avance que du vent d'Est s'en venait, nous aurions peut-être pu anticiper et nous ne serions peut-être pas coincé comme nous le sommes aujourd'hui.
Nous poursuivons la route en barrant vers le sud-est pour revenir sur nos pas pendant 26 miles nautiques. Le vent tourne de plus en plus au sud-est donc nous nous mettons à la cape pour éviter de faire trop d'ouest. Nous restons ainsi le reste de la journée et de la nuit et dérivons au sud-ouest de 20 miles nautiques.
Il ne sert à rien pour nous de mettre notre énergie à barrer pendant des heures en louvoyant pour faire quelques miles à l'est. Il est préférable d'attendre que le vent tourne ENFIN au SUD.
L'attente à la cape est insupportable et longue. Et le temps est tellement humide et maussade qu'il n'aide en rien à nous remonter le moral. Nous sommes aussi pas mal gîtés par les rafales de vent de 20 nœuds et la grosse vague de côté. Ça finit même par me donner mal au cœur de temps à autre.
On se sent emprisonné dans cet espace confiné de travers, inconfortable, humide, ou bouger est difficile, s'habiller est difficile, faire à manger est difficile, et où on ne peut dormir que chacun son tour.
Hugo va même jusqu'à dire qu'il préfèrerait être entrain de faire des pneus au garage plutôt que d'être dans cette situation là.
MARDI 28 Juin:
Position: 38-01N; 40-46W
Distance parcourue: 55 miles
On repart ENFIN après 2 longues & déprimantes journées passées quasiment à la cape. C'est bon de sentir le bateau à nouveau avancer, d'autant plus que c'est cette fois-ci plein EST droit sur les Açores. On avance bien, au près, avec un bon 15 nœuds de vent.
Le ciel est encore tout gris, le soleil en mode musulman, toujours voilé !
C'est notre 4ième jours sans soleil. C'est la 1ière fois depuis le début du voyage que le temps et gris si longtemps. On est en pull & en chaussettes.
Dans la journée nous voyons enfin nos premières éclaircies avec des morceaux de ciel bleus qui s'imposent entre les nuages. C'est bon pour le moral.
Même les dauphins sont de la partie et nous font quelques minutes "escorte".
Nous barrons à nouveau chacun notre tour toute la journée. Nous mettons le plus de voile possible pour avancer au maximum, car la fin de semaine s'annonce moins généreuse en vent.
Pour la nuit, nous affalons la grand voile pour ne laisser que le génois au près afin que Barbara se barre toute seule. Cela nous permet de prendre nos 3 heures de veilles continues habituelles. Et nous reprenons la main sur la barre vers 5h, au petit matin.
Nous voyons que le génois à pris du plomb dans l'aile, son nerf de chute est complètement mou et fasseye facilement, il est temps qu'on arrive !
MERCREDI 29 JUIN:
Position: 38-42N; 38-27W
Distance parcourue: 125 miles (record depuis le début de la croisière !)
Les prévisions météos semblent encourageantes jusque jeudi et nous espérons arriver suffisamment proche à voile pour pouvoir terminer à moteur et arriver samedi ! 
Aujourd'hui on fait péter les manches courtes et les pieds nus, c'est Grand Soleil & ciel bleu :-).
Hugo tente à nouveau de voir s'il peut réparer le pilote, mais cette fois, c'est sans appel. Il reprend alors notre ancien pilote (le tout premier) et réussi à le faire fonctionner. Les degrés indiqués sont dans le champs, mais il nous tient le travers comme il faut et il prend la barre à 13h.
Ouaaaaaaah ! du soleil, un pilote qui fonctionne et on se prend ENFIN une bonne douche pour se décrasser.
Le moral remonte à mesure que nous voyons les miles nautiques qui nous séparent des Açores diminuer. On y est presque !
JEUDI 30 JUIN:
Position: 39-05N; 36-05W
Distance parcourue: 113 miles
La nuit a été dure. La pluie se met à tomber 30minutes avant la fin de mon quart. Pauvre Hugo qui prend la relève, et qui lui, passera 3 heures sous la pluie.
On voit des éclairs au loin, mais rien de proche. Par contre, on ne voit rien, les nuages couvrent le ciel étoilé et il n'y a pas de lune en ce moment. Et à 2h du matin, on passe d'un vent du Sud-Est, à vent du Nord. Il fait beaucoup plus froid, et Hugo est vite frigorifié sous la pluie, dans ses vêtements mouillés.
Je reprends la veille à la suite d'Hugo sous un crachin qui ne durera pas bien longtemps, au chaud dans mes 2 pulls et 2 manteaux. Nous croisons encore un cargo au petit matin.
Finalement, le vent mollit un peu, plus rapidement que prévu, et nous devons affaler le génois qui n'arrive plus à se gonfler et claque avec la houle. Nous avons du Nord; Nord-Ouest toute la journée mais très peu de vent, 4 à 5 nœuds. Nous traversons à nouveau un anti-cyclone.
Nous montons le spi dans l'après-midi et réussissons à lui tirer 3 nœuds. Notre pilote barre toujours, ce qui nous laisse les mains libres pour faire à manger, regarder un film, lire, dormir, sans que l'un d'entre nous ne soit de corvée de barre ! Et ça, vous n'imaginez pas à quel point c'est le GRAND CONFORT pour nous.
Aujourd'hui à nouveau, grand soleil, ciel bleu & dauphins qui font des pirouettes dans l'eau !
Cette nuit, le ciel est superbement étoilé. Nous continuons sous spi jusque 4h du matin où nous démarrons le moteur le vent ayant disparu.
VENDREDI 1ier JUILLET:
Position: 39-12N; 34-30W
Distance parcourue: 75 miles
Journée complète de pétole ! Ça faisait longtemps ! 
Nous sommes portés par une mer sans ride aux longues ondulations voluptueuses et silencieuses. Cette mer est incroyable, aussi caractérielle qu'une femme, elle peut être à la fois aussi apaisante que les bras de la plus douce des mamans, et aussi déchaînée, instable, insaisissable et menaçante que le plus hystérique des amantes.
J'ai beau être un peu aventurière, c'est pourtant lorsqu'elle est calme que je la préfère; même si c'est incompatible avec le vent. Je trouve cela extraordinaire, beau & d'une grande sérénité. On ne peut pas être en guerre avec soi-même dans une quiétude aussi parfaite.
Je dis ceci, tout en ayant à mes côtés mon capitaine qui lui, s'impatiente, et s'en sacre pas mal de la quiétude de la mer. Il préférerait bien mieux avoir du vent pour arriver plus vite. A 2 jours de l'arrivée, Hugo ne tient plus en place, s'irrite d'un rien, s’ennuie, trouve les journées trop longues....
Sous l'eau, en y regardant bien, nous apercevons de plus en plus de vie.... il y a des corps célestes qui ressemblent à des préservatifs usés de différentes tailles avec à l'intérieur, un noyau rouge-oranger un peu fluorescent.... on ne sait pas trop si c'est une espèce de méduse ou un genre de fœtus en voie de développement. Il y a aussi des poissons multicolores d'un peu moins d'un mètre, qui nous escortent, comme les dauphins, sur le côté du bateau, snobant royalement notre leurre qui traine à longueur de journée sans appâter qui que ce soit du monde aquatique.
Les abysses de ces océans renferment encore tellement de mystères....
Nous passons toute la journée à moteur jusque dans la nuit. Et nous montons le Spi à partir de 23h pour le reste de la nuit.
SAMEDI 2 JUILLET:
Position: 39-21N; 32-33W
Distance parcourue: 91 miles
Les quarts de cette nuit m'ont semblé un peu plus durs que d'habitude, probablement parce que je sais que ce sont les derniers.
J'ai passé une bonne partie de la nuit, émue, à penser à ma famille et à nos retrouvailles.... et à penser aussi malheureusement, à ceux que je ne retrouverai plus.
C'est la dernière ligne droite ! encore une soixantaine de miles.
Nous faisons le plein de gasoil avec notre dernier bidon et rallumons le moteur après le contact radio. Puis nous montons les voiles en début d'après-midi et laissons le moteur se reposer.... nous en aurons encore besoin ce soir à l'arrivée. Nous savons déjà que nous arriverons dans la nuit.
La dernière journée va être longue..... on s'occupe en grignotant, en lisant, en bloguant.